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CONFÉRENCE 1 DU 6e COLLOQUE DE SFACS——DIX PRINCIPES STRATEGIQUES DE LA VILLE DUR

Date:2018-12-18Clics:178


CONFÉRENCE 1 DU 6e COLLOQUE DE SFACS——DIX PRINCIPES STRATEGIQUES DE LA VILLE DURABLE : THEORIES ET PRATIQUES




Thierry MELOT

Architecte-urbaniste

Président d’IFADUR Paris

Président de la commission des experts de SFACS


Rapport Brundtland, Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement, ONU 1983-1987.


Le concept de développement durable, repose sur la notion qu’il est possible de trouver un modèle économique capable de concilier la croissance des marchés et de la production avec le respect des limites naturelles et des droits de l’homme. Mais qu’en est-il, 30 ans après qu’elle ait été conçue et rédigée.


Je suis né sur une Terre qui faisait vivre 2,4 milliards d’humains ; ils sont aujourd’hui trois fois plus nombreux, et seront, 9, 10 ou 11 milliards en 2050, selon les scénarios variantes des démographes onusiens. En 1945, on estimait le taux de métropolisation du globe à 25% du total, soit 600 millions d’urbains. Le taux actuel a atteint 54%, soit 4,05 milliards d’habitants, et les projections à 2050 atteignent 66%, c’est à dire de l’ordre de 6,6 milliards d’humains qui auront rejoint ou seront nés dans une conurbation. Le facteur de progression est de 10, en à peine plus d’un siècle, ce qui représente un taux de croissance de 2,3% par an, moyenne qui masque des disparités considérables d’un pays à un autre.


Depuis 1945, chaque jour 130 000 humains de plus sont nés dans une ville ou l’ont rejointe ; et d’ici à 2050, ce seront, chaque jour, 220 000 urbains nouveaux qui vont apparaître et générer un solde positif de besoins en infrastructures, équipements et constructions équivalent à une ville de 1,5 millions d’habitants par semaine, à faire surgir sur la Terre !

Ce sont ces données brutes qui alimentent pour l’essentiel le formidable déséquilibre entre les besoins à court terme et les ressources disponibles, que l’humanité n’est plus actuellement capable de renouveler si elle ne change pas de fond en comble ses pratiques.


Et c’est bien cette perpétuelle croissance de la fabrique urbaine qui constitue avec les transports, l’industrie et l’énergie, la principale source de la surchauffe planétaire. De ce fait, le combat pour la Ville durable est au cœur du dilemme, qui peut se résumer ainsi par une triple equation :

·      Piloter une croissance urbaine mondiale de 2,3% par an ;

·      Maintenir une croissance économique mondiale apte à financer les investissements induits par la croissance urbaine ;

·      Le tout en réduisant la production globale des gaz à effet de serre pour juguler la hausse de la température du globe et la maintenir au-dessous de 2°C.


Il faut définitivement comprendre à cet énoncé que le développement durable n’est plus un combat idéologique ni un débat scientifique : c’est une nouvelle guerre, et elle est mondiale. Mais c’est une guerre d’un nouveau type, bien différente des précédentes : car le véritable ennemi n’est autre que nous-mêmes, individu contre humanité. Or nous sommes impuissants à abattre celui pour qui nous nous battons, ni ne pouvons laisser proliférer ce qui nous détruit. D’une part, nous désirons individuellement la santé, l’air propre, l’eau propre, une planète verte, la ville heureuse, une économie équitable pour nous-même ; d’autre part, nous ne cessons collectivement de sur-consommer les ressources naturelles, de polluer notre atmosphère, de gaspiller des biens inutiles, d’attenter à la vie des espèces, et de répandre nos déchets.


C’est de cette contradiction insoluble qu’il faut sortir. Face à la montée du péril, le plus grand nombre danse sur le volcan en regardant ailleurs. La difficulté d’y voir clair et de conduire des actions qui aient du sens tient également au fait que les disparités planétaires sont abyssales: en clair, les plus pauvres sont les plus menacés par le réchauffement climatique sans avoir les moyens de le contrer, et les plus riches, qui en sont les plus responsables, les moins enclins à augmenter leurs engagements, bien qu’ils aient construit leur prospérité en alimentant durant deux siècles l’extension de la couche d’ozone et de gaz carbonique.


Pourtant, dans ce combat, faire moins est irréparable pour la planète, et faire seul est inefficace. S’il a fallu beaucoup de temps pour que les pays développés acceptent de reconnaître que leur responsabilité dans le changement climatique est majeure, il est vital que les pays émergents, qui désormais l’alimentent, comprennent à leur tour que leur engagement est indispensable pour des résultats significatifs.


Ceux-ci sont confrontés aux mêmes conséquences, et la question qui se pose à eux est le lien du développement aux solutions des problèmes écologiques et climatiques. Agir pour le climat et agir pour le développement ne sont pas des termes contradictoires, et la solution n’est pas dans la décroissance, mais dans la modification des modes de croissance. Toutes les études montrent qu’un investissement de 1% du PIB mondial est nécessaire pour limiter les effets du changement climatique, tandis que le laisser-faire induit des catastrophes et des chutes potentielles de consommation par habitant qui pourraient atteindre 5 à 20%.


La vraie catastrophe, c’est donc le laisser-faire ; lutter contre le réchauffement climatique, et donc faire la Ville durable, c’est aussi un objectif économique, un facteur d’alimentation de la croissance et donc de la prospérité.


C’est pourquoi les négociations internationales du climat sont devenues déterminantes pour l’avenir économique du monde. Elles constituent des engagements à agir, à la suite de quoi chacun rentre chez soi pour se charger de mettre en œuvre le respect de ses engagements.


C’est là que les choses se compliquent : les administrations, les appareils, les populations et les entreprises, en particulier dans les pays émergents, ne sont pas ou peu préparées à cette mise en œuvre. Il faut un temps et une énergie considérables pour légiférer, instruire, organiser les filières nouvelles, démanteler les anciennes pratiques, surveiller et mesurer les résultats obtenus, corriger les tendances.

L’Europe en général, et la France en particulier, ont obtenu des résultats évidents mesurables, et font figures de premiers de la classe. Mais l’Europe n’a pas à eu à compenser les effets d’une croissance démographique importante, qui est ailleurs, c’est-à-dire au sud, chez les nations pauvres.


Et c’est donc au sein des économies émergentes, devenues à leur tour les plus menaçantes pour l’équilibre climatique du fait de leur croissance, qu’il est nécessaire de transférer le plus rapidement possible les technologies, les savoir-faire, les potentiels industriels et les constructions législatives capables d’enrayer la marche vers l’abîme que représente un climat devenu mortifère si les 5 ou 6°C de surchauffe prédits par le GIEC à l’horizon 2100 s’avèrent exacts, en cas de laxisme généralisé.


C’est également la seule façon de ralentir la puissance des exodes continentaux, accélérateurs de troubles majeurs à l’Ouest qui se traduisent par ce qu’on nomme pudiquement la montée des populismes, alors qu’il s’agit de grondements annonciateurs de guerres civiles.


Bâtir des villes vivables et des économies prospères au sud est la condition minimale possible pour fixer tout ou partie des populations, et donc des énergies et des talents qui alimentent cet exode : la fabrique de villes durables en pays émergents est alors en mesure de devenir un moteur de leurs développements économiques, scientifiques, culturels. Tel est la finalité humaniste du combat pour l’environnement.


J’ai utilisé plus haut un gros mot : la guerre. On ne fait pas la guerre sans en fixer les buts. De même, on ne fait pas la guerre sans déterminer les stratégies qui vont permettre de les accomplir. Et c’est pourquoi j’ai à dessein baptisé du terme par trop galvaudé de « stratégies », les principes d’action identifiés comme les nœuds de la bataille à mener pour prétendre légitimement réaliser la Ville durable. On ne fait pas non plus la guerre sans troupes sans cadres et sans armes.


Les combattants à la pointe du développement durable, ce sont les décideurs au quotidien capables d’influer sur le cours des choses, de transformer la théorie en pratique, d’éviter les actes irréparables, de mettre en œuvre les solutions saines ; mais ensuite et surtout, c’est sur le terrain que vont s’appliquer, ou pas, les décisions qui vont faire avancer la mise en œuvre de la Ville durable. Elle est donc entre les mains de chaque acteur en position de choix, d’interprétation, et de décision.


Il n’est pas raisonnable d’attendre de cette masse d’hommes et de femmes aux manettes de l’action qu’elle soit motivée par la seule foi en un avenir radieux ou la peur de l’apocalypse. Ces moteurs-là existent bien sûr, mais sont iinsuffisants.


Seule la réorganisation d’un nouveau trio, contrainte-progrès-profit, pourra contrer l’impasse climatique, qui menace la prospérité humaine et ce qui reste encore de la biodiversité sur la Terre.

Mais entre construire l’Internet, fabriquer des smartphones, et faire des Villes durables, il y a un écart d’échelle, de complexité logistique, de gestion, et de temporalité considérable, en particulier parce que chaque ville est un prototype non duplicable.


La mise en œuvre effective de la Ville durable fait référence à cinq échelons de décision et d’action :

· Un échelon mondial : les négociations internationales,

· Un échelon continental et national : l’appareil législatif, la science fondamentale, la communication politique, les financements,

· Un échelon régional et municipal : les dispositifs d’encadrement, la concertation, le pilotage des projets, la mise en place des indicateurs,

· Un échelon économie-recherche : l’invention innovante, le progrès technologique, l’industrialisation des produits et des process,

· Un échelon opérationnel : les études, la réalisation, la gestion, les contrôles.


Chaque étage du dispositif possède ses buts, ses logiques, ses hommes et leur état de compétences et d’adhésion, rarement homogènes.


La plupart des grandes réalisations humaines n’ont jusqu’à présent concerné que la coopération de deux ou trois de ces niveaux pour parvenir à l’opérationnalité ; et seules des méga-entreprises comme la conduite de la seconde guerre mondiale, la conquête spatiale et la construction d’internet au XXème siècle, toutes trois largement américaines, peuvent servir de référence pour gagner la guerre en faveur du climat.


Alors à ce point de cet exposé se pose une question inévitable : qui est en mesure de prendre le leadership de ce défi planétaire.


La réponse tombe alors d’elle-même : c’est la Chine qui du fait de son échelle, de sa puissance, de sa croissance et de l’importance pour elle de l’enjeu du climat qui menace ses deltas, serait à la fois capable et motivée pour entreprendre et réussir la mise en œuvre de la Ville durable à l’échelle planétaire.


Les difficultés à surmonter pour que la Chine prenne le sujet à bras le corps, sont encore au nombre de quatre au moins :

1.     Sa dépendance au charbon à bon marché

2.     Son étrange ubiquité vis-à-vis des énergies renouvelables.

3.     Le conservatisme global de la filière économique de la promotion, de la construction et de l’industrie du bâtiment.

4.     L’obsolescence des structures législatives, réglementaires et administratives de l’urbanisme


La capacitée de puissance, de cohésion et de discipline de l’économie chinoise est encore loin de s’être mise tout entière au service de la lutte pour une planète respirable.

Les gouvernements locaux, après bien des tergiversations, s acquis au principe de la cause environnementale, restent totalement dépendants du mécanisme qui les contraint à vendre d’immenses aires foncières.


C’est d’eux pourtant qu’il faut attendre et espérer l’accélération d’une dynamique à l’état naissant. Ce sont les gouvernements locaux à l’échelle des régions, des grandes villes et des villes moyennes, qui ont la capacité et le pouvoir d’entreprendre de façon coordonnée un plan global pour la Ville durable.


Une donnée essentielle pourtant, autorise à penser que la Chine va parvenir à inverser les courbes et jouer un rôle majeur dans ce défi et dans la bataille pour le climat : c’est la chute de son taux de croissance urbaine, inscrit dans la démographie, qui rejoint celui des pays développés. Alors qu’il a été de 3,65% de 1945 à 2018, période au cours de laquelle les villes chinoises ont crû de 60 millions à 811 millions d’habitants, il s’inscrit à 0,38% pour la période 2018-2050, c’est-à-dire un gain relatif d’encore 105 millions de nouveaux urbains. Le taux français est de 0,24% sur la même période, soit les 2/3 du rythme chinois. Il suffit de comparer cette prévision au taux mondial, qui est de 1,54%, et au taux africain subsaharien qui est de 2,74%, pour comprendre que la surchauffe de l’expansion urbaine est une ère révolue en Chine, qu’elle rejoint le club des pays avancés, et que son appareil économique peut se tourner vers quatre grands objectifs :

·      Refaire les villes sur elles-mêmes,

·      Entrer dans l’ère bas carbone,

·      Maîtriser la consommation énergétique,

·      Exporter les nouveaux savoir-faire vers les économies émergentes.

Faire la Ville durable en Chine devient ainsi un nouvel et immense marché pour l’ensemble des acteurs. Le moteur économique que constitue le BTP chinois ne va pas s’arrêter, mais il va devoir se tourner vers de nouveaux objectifs.


De manière durable, bien entendu !

Je vous parlerai maintenant de la méthode de travail que nous avons élaborée avec l’équipe de l’Institut IFADUR au cours de nos années de travail en Chine :« Dix principes stratégiques pour créer la Ville Durable ».


Premier principe : « Introspecter le Futur »

La pratique traditionnelle de l’Urbanisme consiste à projeter la ville à partir des connaissances acquises sur la Société d’aujourd’hui. Ces connaissances sont des données vérifiées sur 15 ans, et donc déjà anciennes ; or nous dessinons des villes qui verront le jour dans 15 ans. Au moment de leur mise en usage, elles correspondront donc à une photographie sociale vieille de 30 ans.

Cela serait sans incidences majeures si, au cours des quarante dernières années, la Chine n’avait vécu des mutations fulgurantes, économiques, sociales, culturelles. Car elle continue à livrer en 2015 des villes contraintes par les standards de 1985 ou 1960.


Il faut inverser cette pratique et travailler à partir d’investigations prospectives, tournées vers les Futurs du Monde. Ainsi par exemple, grâce aux développements de l’IA et des hautes technologies, le télé-enseignement est en mesure de pénétrer l’ensemble des zones rurales bien mieux, et bien plus vite que ne le pourrait le système éducatif traditionnel. C’est, parmi nombre d’autres exemples, l’un des vecteurs les plus puissants à court terme de transformation et de modernisation de la société rurale, et donc de son mode d’urbanisation.


Des outils pour mesurer le développement durable


Deuxième Principe : « Coproduire, interpénétrer les territoires »

La coproduction, c’est-à-dire la mise en œuvre de l’économie circulaire à tous les niveaux possibles d’échange, implique une transformation profonde de l’aire urbaine dans sa relation à l’aire rurale : de leur interpénétration plus ou moins profonde dépend la rendement énergétique et économique de l’économie circulaire. C’est sur ce postulat que nous avons proposé des solutions urbaines radicales pour l’aménagement du territoire de Nansha, sur l’estuaire de la Rivière des Perles : il est bâti sur l’inscription d’une nouvelle charte de partage du label écologique entre l’agriculteur et l’entrepreneur.


De même, nous avons étudié dans le sud de Tianjin un vaste territoire d’expérimentation de 350 km2, destiné à devenir un laboratoire d’agriculture moderne de hautes technologies et de revalorisation des terres salines. Cette étude implique la prise en compte de la transformation complète des acteurs : les volets éducation, technologie, sociétal, habitat, transports etc… sont impliqués par la transformation inéluctable des paysans en ingénieurs.


Notre travail d’urbanistes implique aujourd’hui non seulement de comprendre, mais d’anticiper les développements possibles et d’y apporter des réponses concrètes.


Promouvoir l’économie circulaire


Troisième principe : « Créer la ville à partir du maillage fin des transports en commun »

Il concerne plus spécialement les métropoles et les agglomérations à forte densité. Il ne s’agit plus de parer aux problèmes de saturation des villes radioconcentriques une fois qu’elles sont devenues insupportables, mais d’anticiper sur les schémas directeurs de transport des villes en devenir. Tout transport en commun fonctionne sur le mode linéaire, qui favorise la concentration d’équipements et la densification urbaine au long de la ligne. Ce schéma linéaire a pour limite de laisser pour compte les extrémités. Mais « Courber » les extrémités afin qu’elles se rejoignent, et donc en quelque sorte « l’espace-temps », c’est une inversion du schéma radioconcentrique : la densité et l’attractivité basculent vers la périphérie de l’anneau de transports, le centre géographique se dédensifie et devient réserve : parcs, agriculture urbaine, pôles de loisirs, universités, quartiers résidentiels, réserves foncières ou écologiques, se partagent les cœurs de boucles de transports.


De multiples configurations sont possibles et les boucles densifiées entrecroisées offrent des possibilités d’aménagement multiples, qui épousent la géographie urbaine et territoriale, avec l’idée que la respiration qu’offrent à la ville les cœurs de boucle permet d’en finir avec l’insoluble concentration du schéma radio concentré, et garde ouvert l’avenir.


Nous avons testé ce modèle à l’échelle d’un territoire de 650 km2, à Doumen, la grande banlieue de Zhuai. C’est un territoire de la taille du Grand Paris : il ne recèle aujourd’hui que 200 000 habitants et d’importants centres industriels. Mais il est promis à une expansion à 2,5 millions d’habitants à l’horizon 2060. Malgré sa dimension, l’étude du schéma « ville en boucle » met 90 % de la population à 30 mn de transport des services urbains vitaux, sans remettre en cause la grille viaire automobile déjà programmée. On anticipe ainsi de manière radicale sur la réduction forte de l ‘usage urbain de l’automobile et partant sur la réduction de la pollution et de la facture énergétique tout en augmentant qualité et confort de vie pour tous.


Quatrième principe : « Densifier la ville autour des nœuds d’interconnexion »

C’est à l’interconnexion des réseaux qu’il faut favoriser la concentration urbaine, et donc plus particulièrement aux croisements des boucles et des lignes. L’intermodalité est le facteur essentiel des choix d’implantation des grands équipements, soit publics (hôpitaux, lycées, musées, bibliothèques, centres administratifs,) soit privés (centres commerciaux, pôles d’affaires, pôles de recherche et développement).


Le meilleur exemple de ce principe et de sa réussite est le quartier de la Défense à Paris, qui concentre 400 000 mouvements par jour pour 200 000 emplois, 40 000 habitants et 6 millions de m2 de constructions sur environ 200 ha. Nous en avons étudié la transformation de l’espace public et le réaménagement de l’infra-dalle, à la suite d’un concours de définition. Il est aujourd’hui un pôle stratégique essentiel du réaménagement du Grand Paris, dont le schéma de transport est cohérent avec le principe de la ville en boucle et des nœuds de transports concentrés.


Cinquième principe : « aménager la porosité urbaine »

La porosité de la ville, ou la « percolation du territoire » définie par B. Secchi etP. Viganno, c’est la capacité du tissu urbain à ménager des espaces naturels libres dans la maille bâtie et étanche. C’est l’équivalent de la « sponge city » anglo-saxonne. Le taux de porosité d’une ville est inversement proportionnel à sa densité d’occupation du sol, il avoisine zéro dans nombre de centres urbains hérités de la ville historique. Ce taux zéro est facteur de dysfonctionnements et de catastrophes. Un urbanisme responsable est celui qui rétablit ce taux dans des limites acceptables, qui dépendent des conditions climatiques et de la pluviosité locale. Il est essentiel au maintien de la bio-diversité, et bien sûr au développement de l’agriculture urbaine et de l’absorption du Carbone dans l’espace urbain.


Plan conceptuel du pôle industriel créatif de Songzhuang à Beijing


Sixième principe : « organiser la proximité et la mixité »

A ‘encontre des pratiques héritées de la Charte d’Athènes et de l’ère du zoning urbain, la Ville Durable est celle dans laquelle sont recherchés et organisés la plus grande mixité des fonctions et des catégories sociales, et la plus grande proximité des populations avec les équipements. La mixité est facteur de vitalité, de brassage social, et d’animation des quartiers, la proximité est facteur de confort de vie pour tous, la réunion des deux contribue fortement à la réduction du bilan énergétique et du bilan carbone d’une métropole, dont il limite les déplacements alternatifs. C’est à partir de ce principe que nous prônons la révision des valeurs foncières, et la mise en place de raisonnements de valorisation économique sous un angle neuf.


Le nouveau quartier CBD Binhu à Hefei


Septième principe : « susciter l’autosuffisance énergétique »

Parmi les facteurs qui ont permis le développement économique accéléré de la Chine, la disposition de ressources énergétiques fossiles à bon marché a été déterminante. Mais ceci s’est accompagné de très lourdes atteintes à l’Environnement, dont la facture reste à payer par la prochaine génération : dépolluer les sols et l’air, retrouver des eaux saines, limiter les émissions de carbone à un taux acceptable, tout ceci constitue un chantier gigantesque.


Il faut donc aujourd’hui développer toutes les sources d’énergie renouvelables, et plus particulièrement à proximité de chaque ville, réduire les consommations en énergies fossiles et carburants, réduire les distances de transports. Il faut réorienter l’industrie du bâtiment vers des ressources nouvelles, économes en énergie. C’est ainsi que nous travaillons, avec Laurent Mouly, à introduire en Chine la filière des matériaux à bilan Carbone négatif, tels que le Béton de Chanvre.



L’utilisation des matériaux écologiques


Huitième principe : « gérer la résilience de l’eau »

Confrontée aux grandes atteintes environnementales qui menacent toutes ses ressources en eau, la Chine est engagée à résoudre un défi vital. Outre les pollutions dramatiques de tous ses cours, l’érosion et le lessivage des sols, l’étanchéification des terrains, la surconsommation urbaine et agricole, l’inexistence ou la vétusté des réseaux d’évacuation, les conséquences pluviométriques du dérèglement climatique, et l’élévation du niveau des mers, constituent des menaces chaque année plus graves sur la sécurité des grandes conurbations.


A l’échelle du territoire, il faut multiplier la mise en place d’une gestion systématique de la ressource par les nappes souterraines, tel que le montre notre étude de la protection du massif de la montagne Jieshi, dans le Parc National de Changli, que doit réaliser CFLD.


De même, notre projet lauréat en 2010 de l’aménagement de l’île d’Hengqin à Zhuhai, en cours de réalisation, est construit sur l’idée maîtresse que le respect du tracé d’irrigation agricole comme fondement du tracé urbain doterait la ville , à la fois d’une identité spécifique, de transports différents, et de paysages variés, mais encore et surtout d’une maîtrise de sa résilience aux menaces hydrologiques : « la mémoire de l’eau ».


Le plan de prévention des risques d'inondation de Paris


Neuvième principe : « signifier l’urbain par les actes fondateurs »

Il n’est pas de grande cité sans monuments : c’est le privilège du politique que de marquer les territoires et les mémoires par des réalisations emblématiques. S’ils sont conformes à l’application des neuf autres principes stratégiques, ce goût des dirigeants pour les landmarks de prestige rejoint celui des grands architectes qui est de nous laisser des créations authentiques. Elles seront demain à leur gloire, à condition qu’elles valorisent l’espace urbain, soient au service des habitants, et constituent dans la ville des repères et des balises toponymiques. Cette identification aux monuments, qui soude l’appartenance à une communauté, à un lieu, est un facteur d’équilibre et d’harmonie sociale qui renforce l’adhésion collective au Développement Durable.


Les monuments emblematiques des villas


Dixième principe : « délivrer par l’architecture une identité aux quartiers »

Mais il est nécessaire d’aller plus loin dans cette démarche. Le bâtiment emblématique ne suffit pas à délivrer ce sentiment de l’identité urbaine. Il faut encore que les différents quartiers qui composent la ville en signent l’identité, la carte de visite. Cette identité est faite d’éléments significatifs et répétés de l’architecture quotidienne, mis en œuvre par une coopération entre décideurs politiques, architectes et paysagistes. C’est à partir de leur travail que se dévoile l’âme d’un lieu, l’authenticité d’un paysage urbain. Plus encore qu’une forme physique, la ville est d’abord une forme sociale, qui se lit à travers les composantes et les caractéristiques de sa forme construite. Elle ne peut donc jamais résulter d’une froide réglementation ou de l’application de modèles aveugles : l’âme des villes appartient à leurs habitants et à leurs architectes.


Une échelle humaine cohère avec la vieille ville

Je vous remercie pour votre écoute !