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CONFÉRENCE 3 DU 6e COLLOQUE DE SFACS——TRANSCENDER LA DENSITÉ POUR EN FAIRE UN AT

Date:2018-12-18Clics:221

CONFÉRENCE 3 DU 6e COLLOQUE DE SFACS——TRANSCENDER LA DENSITÉ POUR EN FAIRE UN ATOUT SPATIAL




Laure MERIAUD

Architecte, coassociée de l’Ateliers 2/3/4/


Bonjour, Je suis associée des Ateliers 2/3/4 ; nous sommes une agence d’architecture et d’urbanisme bien connue, installée à Paris. Je suis très honorée et heureuse d'être à Nanjing aujourd'hui pour vous présenter notre expérience sur les questions actuelles de la Ville à Paris. Le thème que je vais développer ici pose la questionde la densité et des qualités qui doivent lui être attachées.


La ville européenne n’a cessé de croitre durant un demi-siècle. Cette extension s’est faite sous la forme d’un étalement urbain excessif. Il est générateur d’un gaspillage des sols, d’un surcoût des infrastructures du fait qu’elles sont insuffisamment partagées, et d’une dépense énergétique de plus en plus importante du fait de l’allongement des déplacements des citadins. On comprend aisément dans ce contexte que l'enjeu de la densité est primordialpour le développement durable de nos villes, non seulement au plan économique, mais également social, car la densité peut-être un facteur d'intensification des relations humaines.

Un réseau maillé du campus vertical


Cependant, la densité est la plupart du temps perçue par nos concitoyens comme négative, du fait qu’elle est vécue comme un facteur d’oppression. La vraie question à mon sens est donc de parvenir à mettre en oeuvre ce que j’appelle une densité douce, c’est-à-dire une densité qui ne se perçoit pas ; et c’est là que prend place l’art de l’architecte.


En d’autres termes, comment concevoir un espace à la mesure de la densité active que l'on veut y concentrer ? Comment capter l'énergie que procure la densité sans subir sa pression ?


Pour illustrer ce propos, j’aimerais vous faire part en premier lieu d’une recherche, un projet théorique que nous avons réalisée pour le compte de la filiale de promotion de BNP Paribas, il y a une dizaine d’années. L’idée était de travailler sur un modèle de ville dense, et de concevoir un bâtiment qui soit paradoxalement à la fois très dense mais qui puisse s’apparenter à un « campus ».


Tentons de définir les qualités d’un campus : c’est un lieu composé de pavillons, qui intègre des services publics, installé dans un grand parc paysager, et dont les éléments sont reliés par un réseau.


Même si l’on rêve tous de vivre dans un parc, dans la ville dense c’est irréaliste. Ce que nous avons conçu pour approcher ce rêve, c’est un bâtiment qui révèle toutes les qualités recherchées dans le campus, mais qui développe une vraie densité, une densité « parisienne », c’est-à-dire un coefficient construit (COS ou FAR) de 4 fois la surface du terrain.

A la différence d’un îlot parisien standard, nous avons voulu nous éloigner de l’expression monolithique de la plupart des bâtiments de bureaux, pour retrouver l’esprit des pavillons d’un campus. Pour ce faire nous avons détaché des blocs afin d’exprimer ces pavillons, qui sont mis en relation et superposés pour créer de la surface, puis reliés par des passerelles franchissant les vides : on voit ainsi le parc commencer à se former. Des socles suscitent des parcours à la fois intérieurs et extérieurs. Le piéton entre dans le bâtiment puis monte progressivement dans le parc qui interpénètre le bâtiment, du fait de son fractionnement. Ainsi le bâtiment s’ouvre à la ville et participe du paysage urbain en formant un vrai lien entre espace privé et espace public. On parle alors d’espace semi-public.


Nous avons placé dans ce bâtiment un certain nombre de services publics sur plusieurs étages, qui participent à la vie du bâtiment (restaurant, fitness club, bibliothèque etc.). Nous n’avons pas seulement construit un bâtiment, nous avons mis en place des principes qui créent autant un paysage qu’un bâtiment.


Cette première présentation était une étude théorique. Elle a servi par la suite à développer deux projets aujourd’hui en construction, dont l’un d’eux est une tour à la Défense, dans le quartier d’affaire, posée sur l’axe historique de Paris. Nous avons essayé de la penser sous une forme différente, c’est-à-dire de prendre plusieurs bâtiments, de les superposer, et donner à chaque entité une vraie qualité et de monter le sol et la végétation dans la tour. Les intervalles ouverts entre les différents édifices sont pensés comme des espaces publics. Le programme est celui d’une tour mixte, qui contient de bas en haut une salle de conférence, des bureaux, et deux hôtels qui se superposent. Chaque bâtiment dispose de son propre espace public, en double hauteur, qui forme lieu deconvivialité dans le ciel de la ville : la densité est alorsperçue positivement, elle développe à une vraie qualité publique.

La rénovation d’un bâtiment de bureau


Le troisième projet est une réhabilitation. A Paris, les projets de réhabilitation occupent environ 50% de notre activité : il s’agit de construire la « ville sur la ville ».


Ce projet jouit d’une situation remarquable à Neuilly-sur-Seine,face à la Seine et au quartier de la Défense. Le bâtiment d’origine date des années 70, il forme un prisme lisse introverti et assez caractéristiques des architectures de cette époque. Nous avons vouluconserver la densité existante, mais aussi transformer totalement la morphologie du bâtiment, pour l’ouvrir sur la ville et créer un bien-être pour les personnes qui vont y travailler. Nous avons opéré deux modifications morphologiques ; Tout d’abord en ouvrant le bâtiment bas pour créer un passage urbain qui va permettre de traverser le bâtiment ; puis, dans la tour existante, nous avons extrudé la masse et décollé les volumes pour créer de grandes terrasses. Ces terrasses vont offrir aux gens qui travaillent dans les bureaux, tous les trois niveaux, un espace extérieur dans lequel ils vont pouvoir se retrouver, se rencontrer.


Le fait saillant aujourd'hui dans le travail que nous opérons sur les bâtiments tertiaires, c'est l’ouverture, afin qu’ils ne soient plus des îlots opaques mais qu’ils participent à la ville. Vous voyez ici la création d’un parc au rez-de-chaussée, et toutes les terrasses qui vont venir s’étager et participer au paysage. Ce bâtiment est actuellement en construction.

Un parc


Quatrième projet à une échelle différente, mais dont la densité est très importante, c’est celui d’une école à Boulogne, dans une parcelle qui est totalement enclavée entre bâtiments. Pour ce projet d'école, le maître d’ouvrage ne souhaitait pas que l’on monte des bâtiments hauts.


Le programme regroupait une école, un gymnase,un square, sur le même terrain, et la questionétait de parvenir à « effacer » la perception de cette densité.


Tout d’abord, on a mis en relation les deux éléments vides pour élargir les perspectives. Ce ne sont que deux petits espaces, mais leur mise en relation donne à lire un espace plus important. L’autre défi était d’installer le gymnase, dont les dimensions occupent la totalité de la parcelle. La solution radicale a été de l’enterrer. Pour que les usagers du gymnase n’aient pas l’impression de descendre dans une mine, nous avons alors ménagé des accès généreux et travaillé la lumière.


Ce travail sur la lumière naturelle nous parait essentiel à la qualité des espace denses. Enfin,l'intérêt de ce projet est son utilisation tout au long de la journée par différents publics, qui en fait un vrai lieud‘intensitéurbaine.


Pour finir, je vais vous présenter un nouveau quartier. C’est un concours que nous avons gagné en partenariat avec l’agence SOM et URBANIRA. C’est un concours du Grand Paris, sur un terrain de 12 hectares limitrophe de Paris, qui est aujourd’hui composé d’entrepôts et se trouve totalement enclavé par l’autoroute A4, un faisceau de voies ferrés d’une largeur d’environ 100m, et le périphérique de Paris. La question a été de désenclaver le site et de le lier à nouveau au quartier pré-existant, à Paris par une traversée sous le périphérique, mais aussi à Vincennes et aux berges de la Seine.


On a composé le quartier autour de ses vides, et cherché à les signifier, c’est-à-dire lui donner une identité, et travailler les points forts qui puissent lui donner une attractivité, et une image iconique dans la ville. Nous avons proposé une grande tour, qui va répondre aux différents points hauts de la ville de Paris, et toutes les liaisons vont être traitées comme des parcs. La réhabilitation de deux bâtimentsexistants va lui donner une identité, et l’ancrer dans l'histoire de la ville.


Conserver des bâtiments pré-existants assure une continuité historique du quartier. Nous proposons une très longue passerelle qui s’élargit au point de devenir un parc, en débouchant sur un grand jardin. L’idée est de travailler sur un parc étagé, qui permette des liaisons douces à la fois piétonnes et vélo, ainsi que sur les grands axes avec les activités nécessaires dans la ville. Pour que la ville soit vivable et la densité acceptée, nous créons de nombreux espaces verts, soit au sol par les parcs, mais aussi sur les toitures. L’agriculture urbaine est aujourd'hui un des mots-clefs pour la ville de Paris. Les toitures de nombre de bâtiments vont être utilisés pour y opérer de l’agriculture.


Nous intensifions également dans ce quartier la mixité d’usage. Pour créer la ville et l’intensifier, il ne faut pas de quartiers mono-usage. Il faut que la ville vive, et que les gens soient proches de leur lieu de travail. Dans ce quartier, il y aura bureaux, logements, commerces, des équipements et de grands espaces publics.


L’idée est toujours d'ouvrir les voies et les vides en donnant des perspectives sur les quartiers, c’est-à-dire que le quartier est ouvert sur son univers extérieur. La réhabilitation d'un bâtiment existant va devenir à la fois un lieu de vie culturelle mais aussi un lieu de travail qui pourra vivre la nuit. Le quartier va devenir un pôle attractif des univers virtuels de Paris, et va accueillir de nombreuses start-up de ces univers virtuels. Une des tours de logements comprend aussi un hôtel. L’idée est de traiter cette tour comme un parc, avec un sol très ouvert qui participe à la vie du quartier.

Des perspectives sur les quartiers


En conclusion de cette présentation, nous sommespersuadés que la densité peut être vécue de façon positive. Pour cela, il faut trouver des respirations des videsqualifiés, des vecteurs de bien-être, trouver une fragmentation du bâti qui permette de lire une diversité, créer une mixité fonctionnelle qui permette de faire vivre les lieux aux différentes heures de la journée, et ainsi offrir une ville intense pour diminuer les déplacements pendulaire, générateurs d’infrastructures et de dépenses énergétiques, ainsi que créer des liens entre les quartiers, les bâtiments, et la ville.